LA MALADIE COELIAQUE ET SES COUSINES

LA MALADIE COELIAQUE ET SES COUSINES
Catégorie : Actualité scientifique et médicale

Au début du mois s'est tenu à Paris unsymposium international sur la maladie cœliaque.
Cette affection est actuellement très fréquente dans la population (environ 1%, avec des facteurs de prédisposition génétique). Pourtant selon les spécialistes, elle souffre à la fois d'un sous-diagnostic et de traitement d'éviction du gluten chez les sujets qui n'en auraient pas fortement besoin.
Le nombre de maladies cœliaques diagnostiquées ne dépasserait pas 20 % malgré le battage médiatique fait autour de certain cas célèbres. Comment expliquer que de nombreuses personnes dans la population suivent un régime alimentaire sans gluten inutile ou excessif alors qu'un grand nombre de personnes qui en auraient réellement besoin ne sont actuellement pas dépistées?
Rappelons que l'origine de cette maladie est une intolérance à une protéine, le gluten, présente dans de nombreuses céréales.
Il s'ensuit une réaction immunitaire contre la muqueuse de l'intestin grêle aboutissant à une atrophie des villosités intestinales et à une malabsorption. Les principales conséquences sont un amaigrissement, des troubles fonctionnels intestinaux, en particulier des diarrhées. Chez l'adulte, les formes atypiques ont des présentations très variées telles qu'une anémie, une augmentation des enzymes du foie, des aphtes à répétition, des fatigues inexpliquées...
Notons tout de même que 30 % des patients américains victimes de maladie cœliaque ont un surpoids. Il faut également souligner que cette maladie auto-immune est souvent associée à d'autres pathologies du même type, telle que le diabète de type I, des thyroïdites auto-immunes, et lorsque le régime sans gluten n'est pas suivi correctement, l'inflammation chronique de l'intestin grêle peut aboutir à des complications graves telles que des lymphomes ou des cancers du grêle.
Si le médecin suspecte ce diagnostic au vu des symptômes que nous avons évoqués, il prescrira une prise de sang à réaliser dans un laboratoire afin de doser les anticorps anti transglutaminase de classe IgA. Si ce test est positif, il devra être confirmé par une fibroscopie et des biopsies montrant l'atrophie villositaire.

Il faut être très méfiant au sujet des tests de diagnostic rapide actuellement proposés en vente libre qui donnent fréquemment des faux négatifs, en particulier lorsqu'ils ne dosent pas les IgA, ou des faux positifs. Dans tous les cas une confirmation par des tests de laboratoire est souhaitable, encore plus en cas de discordance avec les signes cliniques.

Le traitement repose actuellement sur le régime sans gluten qui doit être suivi de façon d'autant plus rigoureuse que les signes cliniques sont prononcés. Des biothérapies avec des médicaments innovants comme des anticorps dirigés contre l'interleukine 15 ou utilisant des enzymes dégradants le gluten sont actuellement en cours d'expérimentation.

A côté de la maladie coeliaque à proprement parler, il faut évoquer l'hypersensibilité au gluten non coeliaque, plus récemment caractérisée. Elle est encore plus fréquente (5% de la population) avec des sgnes digestifs (douleurs, ballonnements, troubles du transit) ou extra-digestifs (maux de tête, fatigue...) encore moins spécifiques. Son point commun est que ces signes sont également déclenchés par l'ingestion de gluten et améliorés lorsqu'on l'exclut de l'alimentation. Par contre on ne retrouve pas d'atrophie villositaire et les tests biologiques sont le plus souvent négatifs. La cause est également différente car la cible du système immunitaire pourrait bien ne pas être directement le gluten mais des protéines associées (ATI pour Inhibiteurs de l'Alpha-Amylase et de la Trypsine) qui stimuleraient l'immunité non spécifique (macrophages) et déclancheraient une réaction inflammatoire.

Dans tous les cas, l'enjeu est d'avoir dans un premier temps une démarche diagnostique rationnelle qui permettra un diagnostic précis et ensuite une prise en charge adaptée pour améliorer les signes cliniques tout en prévenant d'éventuelles carences liées à des régimes trop exclusifs. Là aussi, le laboratoire a un rôle à jouer pour le suivi nutritionnel à long terme de ces patients.

Ref : Egora.fr 'après les communications de l'ICDS (International Coeliac Disease Symposium)


 

Jean-Michel Vialle, Médecin Biologiste
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