LA VALEUR DU CHOLESTEROL N'ATTEND PAS LE NOMBRE DES ANNEES

LA VALEUR DU CHOLESTEROL N'ATTEND PAS LE NOMBRE DES ANNEES
Catégorie : Actualité scientifique et médicale

Le dosage du cholestérol et en particulier de sa forme LDL ou "mauvais" cholestérol est connu pour être le principal facteur de risque biologique pour les maladies cardio-vasculaires du fait des dépôts d'athérome se constituant progressivement sur les parois arterielles. A ce titre, il est régulièrement dosé et permet d'apprécier ce risque ou d'être utilisé comme objectif dans le cadre de la prévention ou du suivi des maladies liées à l'athérosclérose. Malheureusement, c'est souvent à un âge relativement avancé que ces dosages sont réalisés de façon systématique ou à la suite de symptômes. 2 études récentes, portant sur des formes familiales ou acquises d'hypercholestérolémie démontrent que ces dosages devraient être réalisés beaucoup plus tôt pour limiter les risques.

  • Pour les formes acquises liées au modes de vie et d'alimentation, le rapport publié le 6 décembre 2019 dans la version en ligne de The Lancet compte parmi les analyses les plus complètes du risque à long terme de maladie cardiovasculaire lié au cholestérol non-HDL. Les conclusions de l'équipe internationale de chercheurs pourraient aider les personnes dans la vingtaine et la trentaine à connaître les risques à long terme d'un taux élevé de cholestérol non-HDL et à envisager des mesures pour les réduire.

Les chercheurs ont crée un outil de modélisation des risques pour prédire les risques à très long terme de crise cardiaque et d'accident vasculaire cérébral.

Grâce à ce nouvel outil, les chercheurs ont pu comparer le risque au cours de leur vie de différents groupes d'âge et déterminer que les personnes les plus à risque de développer des problèmes cardiaques futurs liés au cholestérol non-HDL avaient moins de 45 ans. Un risque plus élevé a pu être observé dans cette tranche d'âge car les jeunes ont plus de temps tout au long de leur vie pour accumuler des taux de lipides délétères et développer des maladies cardiaques par rapport aux personnes plus âgées qui sont plus proches de la fin de la vie.

Les jeunes gens ayant un taux de cholestérol non-HDL très élevé (216 mg/dL [5,6mmol/L] ou plus) et d'autres facteurs de risque peuvent réduire considérablement le risque de problèmes cardiaques s'ils réduisent leur taux de cholestérol de 50%, estiment les chercheurs. Les hommes de moins de 45 ans pourraient réduire leur risque de problèmes cardiaques d'environ 29% à 6%, tandis que les femmes de cette tranche d'âge pourraient réduire leur risque d'environ 16% à 4%.

Cependant, les chercheurs notent qu'aucune étude n'a spécifiquement examiné si le traitement médicamenteux (par exemple, les statines) pour réduire le cholestérol non-HDL avant 45 ans entraîne une diminution de l'accumulation de cholestérol dans les artères à long terme.

  • Pour les formes familiales, l’hypercholestérolémie familiale (HCF) est une maladie génétique  fréquente (un sujet sur 200 à un sujet sur 500 pour la forme hétérozygote) qui se transmet sur le mode autosomique dominant. Les mutations causales touchent le plus souvent les gènes qui codent pour les récepteurs impliqués dans l’épuration du LDL-cholestérol (LDL-C), notamment le gène LDLR avec des élévations souvent impressionnantes des concentrations plasmatiques du LDL-C, très tôt dans la vie, parfois dès la naissance.

Le risque cardiovasculaire est donc d’emblée très élevé au point que de nombreux patients vont développer prématurément une maladie cardiovasculaire souvent sévère. Face à cette menace, les statines représentent le traitement de référence et, compte tenu de la précocité de l’athérogenèse, il est conseillé de les prescrire le plus tôt possible.

L’incidence cumulée des évènements cardio-vasculaires survenus en vingt ans, à un âge moyen de 39 ans, a été nettement plus faible chez les enfants traités dès leur plus jeune âge que chez leurs parents, soit 1 % versus 26 %. Il en a été de même pour la mortalité cardiovasculaire, les chiffres correspondants étant respectivement de 0 % et 7 %.

Dans les 2 cas, ces résultats et le recours possible à des traitements efficaces rehausse l'importance du dépistage biologique et de la prestation de conseil du biologiste. Les dosages précoces peuvent limiter de façon considérable la morbidité cardio-vasculaire chez les sujets exposés, en particulier s'ils sont correctement interprétés et que le clinicien est alerté de ce risque.

Ref : Luirink IK et coll. : 20-Year Follow-up of Statins in Children with Familial Hypercholesterolemia. N Engl J Med., 2019; 381(16): 1547-1556. doi: 10.1056/NEJMoa1816454

Fabian J. Brunner et al. Application of non-HDL cholesterol for population-based cardiovascular risk stratification: results from the Multinational Cardiovascular Risk Consortium. The Lancet. Available online at https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(19)32519-X/fulltext. Published December 3, 2019. Accessed January 9, 2020.

Jean-Michel Vialle, Médecin Biologiste
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