COVID 19 : LA RECHERCHE D'UN SEUIL PROTECTEUR D'ANTICORPS AVANCE

COVID 19 : LA RECHERCHE D'UN SEUIL PROTECTEUR D'ANTICORPS AVANCE
Catégorie : Actualité scientifique et médicale

Actuellement, la stratégie des autorités sanitaires françaises repose sur une vaccination systématique ne prenant pas en compte le statut immunitaire des individus.On sait pourtant que les anticorps développés dans les suites d’une infection naturelle par le SARS-CoV-2 ou d’une vaccination persistent pendant plus de six mois, mais que leur concentration diminue progressivement au fil du temps, plus ou moins vite selon les individus et leur statut immunitaire. 
Chez les primates, le transfert passif d’anticorps neutralisants (ACN) est associé à la protection contre l’infection virale. Chez les humains, il serait interessant d'apporter la preuve de cette relation, même si des taux élevés d’ACN sont a priori protecteurs. Par ailleurs, les ACN ne sont pas facilement dosables en routine contrairement aux Ac sériques dosés en laboratoire. Peux-t-on raccorder les ACN et les Ac totaux sériques pour établir un seuil de biologique de protection et existe-t-il une relation entre le taux d'Ac et le degré de protection? 
C’est à ces questions que répond une étude de cohorte prospective française dans laquelle ont été inclus, lors de la première vague de l’épidémie de Covid-19, de fait entre le 10 juin et le 10 juillet 2020, 8 758 professionnels de santé (âge médian 40 ans ; femmes : 80,4 %).
Les taux d’anticorps neutralisants ont été dosés par méthode immuno-enzymatique (ELISA). Un test de neutralisation de virus vivants sur cellules Vero et une souche B.1.160 a été également utilisé. Le diagnostic des infections symptomatiques et asymptomatiques a été fait par PCR. 
Plus d’un participant sur deux (54,9 %) ont reçu une dose de vaccin -Oxford–AstraZeneca ChAdOx1 nCoV-19 ou Pfizer-BioNTech COVID-19 mRNA (BNT162b2)- et 46,6 % les deux doses entre janvier et le 15 avril 2021.
Au terme d’un suivi médian de 275 jours, en l’absence totale d’ACN, l’incidence des infections par le SARS-CoV-2 a été estimée à 9,65 % versus 2,2 % en présence d’ACN même avec des seuils bien inférieurs à 64. En cas de concentrations d’ACN compris entre 64 et 128, l’incidence a été estimée à 0,6 % et à 0 % pour des valeurs > 256.
La corrélation entre les concentrations d’anticorps totaux (en binding antibody units ou BAU par ml selon la nomenclature internationale de l’OMS) et celles des anticorps neutralisants a été estimée à 0,80 chez les non vaccinés, versus 0,79 chez les vaccinés, donc satisfaisante.
Entre juillet 2020 et avril 2021, le taux d’infections par le SARS-CoV-2 est allé de 10,1 % à 12,6 %, quand les concentrations d’anticorps totaux étaient nulles ou comprises entre 13 et 141 BAU/ml. Au-delà de ces valeurs, l’incidence chute de manière significative : entre 141 et 1700 BAU/ml, elle n’a plus été que de 1,3 % et devient nulle au-dessus de 1 700 BAU/ml. Un titre d’ACN très inférieur à 64 a été associé à une protection de 76,8 %, un titre entre 64 et 128 à une protection de 94 % et au-delà de 256 à une protection de 100 %.
Parallèlement, des concentrations d’anticorps totaux comprises entre 13 et 141 BAU/ml n’ont été associées qu’à une protection faible, de l’ordre de 12,4 %. Entre 141 et 1 700 BAU/ml, la protection atteint 89,3% pour culminer à 100 % avec des concentrations égales ou supérieures à 1 700 BAU/ml. En cas de vaccination complète, un mois après la seconde dose, les concentrations d’anticorps totaux n’ont jamais été inférieures à 141 BAU/ml : cette éventualité a concerné 79,3 % des sujets trois mois après qu’ils aient contracté l’infection de manière naturelle.
Ces résultats suggèrent que la surveillance de la réponse immunitaire humorale peut s’avérer utile pour optimiser les stratégies vaccinales, car elle permettrait d’estimer à la fois la durée et le degré de protection apporté par le vaccin. Cela vaudrait certes pour les ACN, mais aussi pour les anticorps totaux ce qui est logistiquement faisable. Notons que ce degré de précision pourrait encore augmenter avec l'apparition de tests sérologiques standardisés entre fournisseurs car raccordés à un même étalon international OMS et rendus en UI/ml.
Tout le problème est de déterminer avec précision les seuils à partir desquels la vaccination peut être considérée comme inefficace et d’autres études sont à l’évidence nécessaires au sein d’autres populations pour corroborer les chiffres obtenus dans cette étude de cohorte prospective. 
En attendant, le recours empirique à une troisième dose de vaccin dans des délais nécessairement arbitraires semble être la seule solution viable pour continuer à endiguer la pandémie, d’autant que d’autres variants pourraient faire leur apparition dans les mois qui viennent à partir des réservoirs viraux planétaires qui sont loin d’être taris.
Ref : Dimeglio C et coll. : Antibody titers and protection against a SARS-CoV-2. J infection 2021 : publication avancée en ligne le 20 septembre. DOI :https://doi.org/10.1016/j.jinf.2021.09.013.

Jean-Michel Vialle, Médecin Biologiste
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